Mascara, vue par les colonisateurs Français en 1839

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Mascara, vue par les colonisateurs Français en 1839

Message  Admin le Ven 4 Mar - 13:55

Mascara, vue par les colonisateurs Français en 1839

Mascara, capitale du beylik de l'Est, est une ancienne ville arabe, située à vingt et une lieues sud de Mostaganem, et à vingt-trois lieues sud-est d'Oran, par 1 degré 4 5 minutes de longitude orientale, et
par 35 degrés 36 minutes de latitude occidentale, sur le versant sud de la chaîne de montagnes désignées sous le nom de Chareb-el-Rihh, qui fait partie des premières chaînes de l'Atlas (petit Atlas).

On n'a que des données fort incertaines sur l'origine de Mascara. Selon les traditions locales recueillies par les thalebs, elle aurait été construite par les Berbers, sur les ruines d'une cité romaine, qui comprenait l'enceinte actuelle de la ville, plus une grande portion de terrain entre Rekouh-Ismaïl et la plaine de Gheris.

L'étymologie du mot Mascara, soit qu'elle vienne de omm' asker (la mère des soldats), ou plus simplement de m'âsker (lieu où se rassemblent les soldats), atteste une ancienne réputation guerrière, qui semble justifiée par tout ce que nous savons de son histoire.

Mascara se divise en quatre parties bien distinctes: Mascara proprement dit, Rekoub-Ismaïl, Baba-Ali et Aïn-Beidha. Ces trois dernières parties peuvent être regardées comme des faubourgs de la ville, qui se trouve à leur centre, sur la rive gauche de l'Oued-Toudman ,au sud de Baba-Ali, à l'est de Rekoub-Ismaïl et au nord d'Aïn-Beidha.

Mascara est entouré de murailles qui représentent assez exactement un carré; à chacun des angles de ce carré sont des tours surmontées d'une plate-forme propre à recevoir une ou deux pièces d'artillerie; l'angle qui regarde le nord est plus obtus que les autres, et se trouve renforcé par un fort qui est compris dans l'enceinte de la ville, et peut recevoir une douzaine de pièces d'artillerie.
Les murailles de la ville sont solides, en bon état et construites en moellons ordinaires.
Le fort dont il vient d'être question contient quelques petits magasins, et pourrait loger deux ou trois cents soldats arabes. Aujourd'hui tous les bâtiments sont en ruine, mais les murs d'enceinte n'ont pas souffert.


Mascara a deux portes: l’une, qui s'abouche à la route d'Oran, de Tlemcen et de Mostaganem, et qui est connue sous le nom de Bab-el-Gharby (porte de l'ouest), quoique, à proprement parler, elle regarde le nord-ouest; l'autre, qui regarde l'est, Bab-el-Cherky, et qui communique avec toutes les routes du sud et de l'est.

La ville est percée de trois rues principales: une, de l'est à l'ouest, qui établit une communication entre les deux portes; une seconde, dans la direction opposée, c'est-à-dire du nord au sud, et enfin, une troisième, qui contourne les murailles presque dans toute leur étendue; à chacune de ces rues principales aboutissent quelques petites rues de communication et des impasses.

Il y a deux places publiques : celle du marché aux grains, au nord, où sont la mosquée, le fort et deux fondouks, dont l'un est en ruine; la seconde est la place du beylik, ainsi nommée à cause du palais que le bey Mohammed-el-Kbir y avait fait construire, et qui est aujourd'hui dans un état complet de dégradation; au milieu de cette place est un bassin de marbré blanc, d'où sort un jet d'eau qui alimente presque toute la ville.

Les maisons de Mascara, bâties comme celles des autres villes de la régence, s'élèvent rarement au-dessus du rez-de-chaussée, et sont en général fort dégradées.
Sur les deux faces de la rue principale, qui communique de la porte Bab-el-Cherky à la porte Babel-Gharby, on trouve de misérables boutiques qui appartiennent aux Juifs et aux Beni-M'zabs, et près de la porte Bab-el-Cherky, quelques ateliers de forgerons, maréchaux et armuriers.
........................
La ville de Mascara, du temps des Turcs, était la résidence des beys de la province, jusqu'au moment où les Espagnols furent contraints d'évacuer Oran. Aujourd'hui, elle est sous l'autorité immédiate d'un kaïd, qui ne doit compte de ses actes qu'au khalifah et à l'Emir, et les remplace lorsqu'ils sont absents.

L'industrie est maintenant presque nulle à Mascara.
On y fabrique cependant encore quelques-uns de ces burnous noirs, qui avaient conquis dans toute la régence, et même au dehors, une juste renommée d'élégance et de solidité. On y fait aussi des burnous blancs et des haïks de qualité inférieure.

Il s'y tient les vendredi, samedi et dimanche de chaque semaine, un marché assez considérable, où l'on vend des bestiaux, des chevaux, de la laine, des tapis, des burnous et des haïks.

Dans les premiers temps de son élévation, l'Emir avait songé à faire de Mascara sa capitale et son arsenal; il y avait réuni, dans cette vue, un grand nombre d'ouvriers. Mais depuis la prise de cette ville par les troupes françaises, en 18 36, la plupart des ouvriers ont été dirigés sur Tagdemt, Médeah et Milianah.

Les environs de Mascara, à une lieue à la ronde, sont cultivés en jardins potagers, vignes, figuiers de Barbarie et figuiers d'Europe, oliviers, amandiers, coignassiers, etc., etc. Les récoltes y sont ordinairement belles, et la végétation généralement fort active.

Le climat de Mascara est très sain, l'horizon presque toujours pur et sans nuages. En hiver, le froid est beaucoup plus vif qu'à Oran, et les montagnes voisines se couvrent ordinairement de neige. En été, la température est très élevée, et jamais la brise de mer ne vient rafraîchir le temps, parce que de grandes montagnes, au nord , l'empêchent d'arriver; mais, en automne et au printemps, l'air est pur, le pays très agréable et propre à hâter le retour à la santé des convalescents.
Les habitants de Mascara sont rarement atteints des maladies particulières au climat d'Afrique, et les fièvres intermittentes sont presque inconnues parmi eux.

La population de Mascara est de 2.840 habitants, dont 700 Arabes, 1.800 Hadars ( citadins), l00 Beni-mzabs et 240 Juifs.
Huit cents hommes peuvent s'armer pour la défense de la ville; le nombre des cavaliers ne saurait excéder 80.


Mascara, qui, comme centre religieux, a toujours joui d'une certaine importance, ne compte pas moins de 12 marabouts; savoir: 9 en ville, et 3 dans les faubourgs.

Extrait de :
« Tableau de la situation des établissements français dans l'Algérie en 1839 », Par Ministère de la guerre, Juin 1840, pages 263 et suivantes
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